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| - Les résections endoscopiques (RE) permettent le traitement curatif et de manière sûre des lésions néoplasiques superficielles digestives. Cependant, les résultats chez les patients cirrhotiques n'ont pas été évalués de manière approfondie. À l'opposé, la chirurgie abdominale est à haut risque de décompensation de la cirrhose, d'infection et de saignement. Les RE pourraient être intéressantes afin de réduire ces risques. Néanmoins, l'hypertension portale, (particulièrement pour l'œsophage, l'estomac et le rectum), peut être un obstacle à cette technique, les dilatations veineuses sous-muqueuses pouvant favoriser les saignements. Notre étude cherche à évaluer l'efficacité et la sécurité des RE chez les cirrhotiques, et à déterminer les facteurs de risque de complications. Il s'agit d'une étude rétrospective, monocentrique, en ouvert. Tous les patients cirrhotiques admis dans notre service pour une résection endoscopique (ESD : dissection sous muqueuse ou EMR : mucosectomie), entre 2009 et 2016 ont été inclus de manière consécutive. Les données des patients (antécédents, caractéristiques de la cirrhose, résultats biologiques, comptes rendus endoscopiques et survenue éventuelle de complications) ont été recueillies par l'analyse de leur dossier médical. Le dernier courrier médical servait de date de fin du suivi. 134 patients ont été inclus, pour un total de 269 procédures. 78 RE ont eu lieu dans le tube digestif haut (œsophage n=36, estomac n=25, duodénum n=17), chez 51 patients différents. Ces patients avaient une cirrhose non ou peu décompensée, avec un score de MELD moyen à 8.9. 23 patients présentaient des varices œsophagiennes (VO), et 4 patients avaient une cirrhose décompensée cliniquement (ascite et/ou encéphalopathie hépatique). Au cours des 30 jours post-opératoires, il n'y a pas eu de décès (4 patients sont décédés au cours du suivi, sans lien avec l'intervention, avec un intervalle moyen entre la RE et le décès de 34.6 mois). La morbidité globale était de 5.1%, comprenant une fièvre isolée, et 3 saignements. Le seul facteur de risque significatif de saignement était la localisation duodénale de la RE (p=0.009). Il n'y a pas eu de décompensation de cirrhose. 191 résections ont été pratiquées dans le tube digestif bas (iléon n=4, caecum et colon droit n=54, colon transverse et colon gauche n=100, rectum n=33), chez 83 patients différents. Ces patients avaient également une cirrhose non ou peu décompensée, avec un score de MELD moyen de 10.4. 36 patients avaient des VO (96 RE), et 41 RE ont été réalisées chez des patients avec une cirrhose cliniquement décompensée. Au cours des 30 premiers jours post opératoires, il n'y a pas eu de décès (32 patients sont décédés au cours du suivi, avec un intervalle moyen de 25.7 mois). La morbidité globale était de 2.6% (5 saignements). Il n'y a pas eu d'autre complication (notamment pas d'infection ni de décompensation de cirrhose). En analyse univariée, le score de MELD et la prise d'antiagrégant plaquettaire (AAP) étaient des facteurs de risque de saignement (p=0.041 et 0.004 respectivement), alors qu'en analyse multivariée, seul le traitement AAP était toujours un facteur de risque significatif (p<0.05). Les taux de RE curatives pour les RE hautes et basses était de 70.5% et 86.9%. La cirrhose cause peu de sur risque après RE. De plus, les RE n'ont pas causé de décompensation de cirrhose, alors que c'est fréquemment le cas en chirurgie. Le saignement était le risque principal, et ce particulièrement chez les patients ayant subi une RE duodénale ou prenant un AAP. Tous les patients ayant présenté un saignement avaient une cirrhose compensée, ou très modérément décompensée (Child A ou B). Les RE représentent une technique sûre et efficace y compris chez les patients cirrhotiques, et devraient être proposées en première intention pour le traitement des néoplasies superficielles du tube digestif. Elles permettent d'éviter une chirurgie abdominale et les risques de complications qui y sont associés
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